10/04/2026
Dans plusieurs villes africaines, les incendies de marchés ne sont pas des événements exceptionnels. Ils reviennent régulièrement, parfois de manière brutale, souvent de nuit, et laissent derrière eux des pertes considérables. Des étals disparaissent, des stocks sont détruits, des années de travail s’effacent en quelques heures.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’ampleur des dégâts. C’est surtout le fait que, dans la majorité des cas, ces pertes ne sont pas couvertes.
Beaucoup de commerçants exercent leur activité sans assurance sur leurs biens. Les marchandises, parfois financées à crédit ou constituées progressivement, ne bénéficient d’aucune protection. Lorsqu’un sinistre survient, il n’existe pas de mécanisme structuré permettant de compenser les pertes. La reprise dépend alors uniquement des ressources personnelles, de la solidarité ou de l’endettement.
Cette situation ne tient pas à une seule cause. Elle s’inscrit dans un ensemble de réalités. L’assurance de biens reste encore peu intégrée dans les pratiques économiques du quotidien. Pour une grande partie des acteurs, la priorité va à l’approvisionnement, à la rotation du stock, à la gestion immédiate de l’activité. La question de la protection vient rarement en amont.
À cela s’ajoute une forme de distance vis-à-vis de l’assurance. Certains n’y ont jamais eu recours. D’autres en ont une perception floue, ou en gardent une image peu rassurante. Il arrive aussi que les offres proposées ne soient pas adaptées à la réalité des petits commerces, notamment dans les marchés où les installations sont souvent informelles et évolutives.
Pourtant, les risques sont bien identifiés. Les installations électriques précaires, la densité des marchandises, l’absence de dispositifs de prévention ou de lutte contre l’incendie créent un environnement particulièrement exposé. Dans ces conditions, le sinistre n’est pas une hypothèse lointaine. C’est une éventualité réelle.
L’absence de couverture ne se limite pas à une perte individuelle. Lorsqu’un marché est touché, ce sont des dizaines, parfois des centaines d’activités qui s’arrêtent simultanément. Les conséquences se diffusent rapidement. Les familles sont impactées, les circuits d’approvisionnement sont perturbés, l’économie locale est fragilisée.
Ce constat pose une question de fond. Comment intégrer progressivement des mécanismes de protection adaptés à ces réalités ? Il ne s’agit pas seulement de proposer des produits d’assurance, mais de réfléchir à leur accessibilité, à leur compréhension et à leur adéquation avec les pratiques existantes.
La question n’est pas théorique. Elle touche directement à la capacité des acteurs économiques à se relever après un sinistre. Dans des environnements où les marges sont souvent limitées, une perte non couverte peut suffire à faire disparaître une activité.