01/04/2026
Le constat est simple. Les risques existent, les sinistres sont fréquents, mais la couverture reste limitée, en particulier chez les particuliers et les petits acteurs économiques. Ce décalage interroge sur la place réelle de l’assurance de biens dans les pratiques africaines. Une assurance encore perçue comme secondaire
Pour beaucoup, l’assurance de biens n’est pas considérée comme une priorité. Elle passe après les dépenses immédiates liées à l’activité. Un commerçant peut investir dans du stock ou du matériel sans envisager leur protection. L’assurance est souvent perçue comme une charge supplémentaire, sans retour visible tant qu’aucun incident ne survient. Ce rapport explique en partie pourquoi la souscription intervient rarement de manière anticipée.
Une difficulté à se projeter dans la perte
Même lorsque les risques sont connus, leur impact est rarement mesuré à l’avance.
Perdre un stock, voir un local inutilisable ou devoir interrompre une activité pendant plusieurs semaines représente un choc financier important. Pourtant, cette projection reste abstraite tant que le sinistre ne s’est pas produit.
C’est souvent après un incident que la question de l’assurance se pose, alors même que la perte est déjà subie.
Des contrats encore mal compris
L’assurance de biens repose sur des mécanismes qui ne sont pas toujours maîtrisés par les assurés.
Beaucoup de personnes ne savent pas précisément ce qui est couvert, ni dans quelles conditions l’indemnisation intervient. Les notions de plafond, de franchise ou d’exclusion ne sont pas toujours bien appréhendées.
Cette incompréhension crée une distance. Souscrire un contrat dont on ne comprend pas le fonctionnement peut susciter de la méfiance ou de l’hésitation.
Un manque de confiance lié à l’expérience du sinistre
La perception de l’assurance se construit souvent à partir des expériences vécues ou relayées.
Lorsqu’un sinistre n’est pas indemnisé comme attendu, ou que le processus paraît long et complexe, cela peut remettre en cause la confiance dans le système. Ces situations sont rapidement partagées et influencent le regard porté sur l’assurance.
Ce facteur joue un rôle important dans la décision de ne pas s’assurer.
Une couverture encore concentrée sur les acteurs structurés
L’assurance de biens est plus présente au sein des grandes entreprises et des structures organisées. Ces acteurs disposent généralement d’une meilleure connaissance des enjeux et des moyens nécessaires pour se protéger.
À l’inverse, une grande partie des activités repose sur des structures plus petites, parfois informelles, qui restent en dehors du champ de l’assurance. Ces acteurs sont pourtant directement exposés, notamment dans le commerce, le transport ou l’artisanat.
Des situations concrètes qui illustrent ce décalage
Dans de nombreux marchés, des incendies touchent régulièrement des zones commerciales ou des entrepôts. Les pertes sont souvent importantes et peu d’acteurs disposent d’une couverture adaptée.
De la même manière, des véhicules utilisés dans une activité peuvent être endommagés sans que leur usage réel soit pris en compte dans un contrat. Cela crée des situations où l’assuré pense être couvert alors que le contrat ne correspond pas à son activité.
Ces cas montrent que le problème ne se limite pas à l’absence d’assurance, mais aussi à l’adéquation entre le contrat et la réalité.
Un enjeu d’adaptation des pratiques
Le développement de l’assurance de biens ne repose pas uniquement sur l’offre existante. Il suppose une meilleure compréhension des besoins et des usages.
Rendre les contrats plus lisibles, mieux expliquer les garanties et rapprocher les solutions des réalités du terrain constitue un levier important. L’assurance doit être perçue comme un outil utile dans la gestion de l’activité, et non comme une contrainte éloignée des préoccupations quotidiennes.
Une évolution qui dépend aussi des comportements
Au-delà des acteurs du secteur, l’évolution passe par une transformation des habitudes.
Intégrer la protection des biens dans la gestion d’une activité suppose d’anticiper, de se projeter et d’accepter une logique de prévention financière. Cette démarche ne se construit pas immédiatement, mais elle progresse avec le temps et les expériences.
29/03/2026
En mars 2026, le régulateur kényan a pris une décision forte en plaçant trois compagnies d’assurance sous administration provisoire, Trident Insurance, KUSCCO Mutual Assurance et Corporate Insurance. Ces entreprises ont été interdites d’émettre de nouveaux contrats, une mesure généralement réservée aux situations de déséquilibre financier ou de non-conformité réglementaire.
Dans le même temps, une autre affaire a marqué le marché. La justice a validé la liquidation d’un assureur en difficulté, incapable de faire face à ses engagements. Le dossier révèle un passif estimé à 2,41 milliards de shillings kényans, pour une trésorerie disponible largement insuffisante, laissant des milliers d’assurés sans indemnisation.
Ces difficultés interviennent alors même que le régulateur travaille sur une refonte du cadre du secteur, avec une série de nouvelles règles en préparation pour renforcer la supervision et limiter les défaillances d’acteurs.
Parallèlement, le contexte global accentue les tensions. Les inondations survenues début 2026 ont provoqué des pertes humaines et matérielles importantes, illustrant concrètement l’exposition du pays aux risques climatiques et la pression qu’ils exercent sur les assureurs.
À cela s’ajoute une crise de confiance dans l’assurance santé publique. Une fraude estimée à environ 11 milliards de shillings kényans a été révélée dans le système national, impliquant de fausses déclarations et des établissements fictifs.
Au final, le marché kényan reste l’un des plus dynamiques du continent, mais l’actualité récente met en évidence une réalité plus nuancée : croissance, oui mais accompagnée de tensions sur la solidité financière des acteurs, d’un renforcement du contrôle réglementaire et d’une exposition accrue aux risques réels.
26/03/2026
Ces dernières années, plusieurs affaires ont mis en évidence une tension croissante entre assureurs et entreprises assurées. En cause : l’utilisation de clauses d’exclusion liées aux “actes de guerre”, que certains assureurs invoquent pour refuser l’indemnisation de cyberattaques lorsqu’elles sont suspectées d’être liées à des États ou à des groupes soutenus par des États.
Ce type de clause, historiquement conçu pour des conflits armés classiques, se retrouve aujourd’hui appliqué à des situations beaucoup plus difficiles à interpréter. Contrairement à un événement physique, l’attribution d’une cyberattaque repose sur des analyses techniques et des probabilités, rarement sur des certitudes. Cela ouvre la voie à des contestations, comme l’ont montré plusieurs litiges impliquant de grandes entreprises internationales.
Pour les assureurs, l’enjeu est de limiter leur exposition à des risques potentiellement systémiques, notamment dans un contexte où certaines attaques peuvent affecter simultanément un grand nombre d’organisations. Pour les entreprises, la question est plus directe : savoir dans quelles conditions elles sont réellement couvertes.
Dans ce contexte, le marché tend à se durcir. Les polices deviennent plus encadrées, les exclusions plus explicites et les conditions de souscription plus exigeantes. Mais cette évolution a un effet secondaire : une perte de lisibilité pour les assurés, qui doivent désormais analyser plus finement des contrats devenus techniques et parfois ambigus.
Au fond, ce que révèle la situation actuelle, c’est un décalage entre la nature des cyber risques diffus, évolutifs, difficiles à attribuer — et des cadres contractuels encore largement hérités d’une logique plus classique de l’assurance.
16/03/2026
En Afrique australe, la situation a également été très tendue. Une étude relayée par Reuters attribue les inondations catastrophiques observées depuis décembre 2025 à la combinaison de La Niña et du changement climatique. Les pays cités sont le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et l’Eswatini, avec un bilan d’environ 200 morts et des centaines de milliers de personnes touchées.
Cette pression sur les territoires pousse aussi les outils de gestion des risques à évoluer. En janvier 2026, Madagascar est devenu le premier pays africain à souscrire à une assurance souveraine paramétrique contre les inondations, lancée par l’African Risk Capacity. L’objectif est de permettre un décaissement rapide en cas de catastrophe, sans attendre les procédures classiques d’évaluation des dommages.
Dans d’autres pays, l’enjeu se joue davantage sur la prévention. En République démocratique du Congo, le gouvernement a lancé début 2026 l’initiative “Early Warnings for All” avec l’appui des Nations unies, pour renforcer les systèmes d’alerte précoce face aux catastrophes. Cette initiative part d’un constat simple : dans une partie du continent, les systèmes d’alerte restent encore inexistants, fragmentés ou trop faibles pour être réellement efficaces.
À l’échelle continentale, les institutions financières tentent elles aussi de renforcer la réponse. La Banque africaine de développement a approuvé en octobre 2025 un don de 6 millions de dollars destiné à renforcer les capacités africaines en matière de gestion des risques de catastrophe et de financement du risque sur la période 2025-2026, via l’African Risk Capacity.
Au fond, l’actualité récente est assez claire. La gestion des risques en Afrique n’est plus un sujet périphérique. Entre le Kenya, Madagascar, la RDC et plusieurs pays d’Afrique australe, on voit la même réalité se dessiner. Les catastrophes deviennent plus fréquentes, les pertes plus lourdes, et les réponses doivent désormais s’organiser plus vite avec des outils plus adaptés.
06/03/2026
Cette nouvelle entité regroupe plusieurs marchés clés, dont le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun et le Gabon. L’objectif est clair : centraliser les décisions stratégiques et renforcer la cohérence des opérations sur ces zones.
Au-delà d’un simple ajustement organisationnel, ce repositionnement traduit une évolution plus profonde du secteur. Les groupes internationaux cherchent désormais à structurer leur présence en Afrique autour de pôles régionaux solides, capables de piloter à la fois la croissance et la gestion des risques.
Ce mouvement confirme que certains marchés africains ne sont plus seulement des terrains d’expansion, mais deviennent des centres de décision.
Le Maroc, en particulier, s’impose progressivement comme un hub stratégique pour l’assurance sur le continent, notamment grâce à son environnement réglementaire plus stable et à la maturité de son marché.